L'été dernier, je me suis donné comme mandat de lire "Libérez votre créativité" de Julia Cameron. On m'en avait parlé et reparlé, en bien. Je faisais face à une impasse dans ma vie; je n'avais donc rien à perdre à ouvrir ce livre. Je sentais qu'il manquait quelque chose à ma vie. J'ai cru qu'il me manquait cette part de créativité que j'ai toujours exprimée mais qui, pour de mauvaises raisons comprenables, j'avais laissée à l'abandon. Je croyais qu'en lisant cet ouvrage, j'y trouverais une façon simple de me reconnecter à mon moi créatif. Au-delà de mes espérances, ce fut une toute autre expérience. Ce livre m'a fait l'effet d'une thérapie, littéralement. Les bonnes questions étaient toujours posées au bon moment. J'ai fait une introspection poussée de moi-même, de qui je suis, ce que je veux être, ce qui me pousse à avancer dans la vie, en quoi je me définis.
Au fil des journées chaudement ensoleillées, à lire sous les arbres, j'ai senti que ce que je créais, en mots, en images, en dessins, me libérait d'un poids énorme accumulé depuis je-ne-sais-quand. Ce n'était pas tant ma créativité que je libérais, mais bien ce moi censuré qui avait pris le dessus sur qui je suis réellement. Mon passé a refait surface, déferlant en moi telle une marée inattendue. Un beau jour, un exercice proposé dans le livre disait :
Take one hour with a stack of magazines and scisors. Keep a special topic in mind, one that botters you or that you want to explore. Cut the photos you are attracted to, without questionning yourself. Then, after 20 minutes or so, take another 20 minutes to arrange your pictures as you feel them.
Voici le résultat que j'ai obtenu... À cette époque, je pensais énormément à la relation que j'avais avec ma mère. Ou plutôt, la relation que je n'avais plus avec ma mère. J'avais entrepris depuis trop de temps déjà d'explorer un chemin obscur de moi-même. De m'explorer dans la destruction. D'exprimer cette rage refoulée dans cet être parfaitement sage. De me faire mal, seulement parce que j'en avais le choix, parce que c'était mon choix. De me taillader l'âme pour défaire ce que les autres avaient imposé sur ma personnalité. Refuser en bouquet tout ce qui me provenait de mes parents, qui rêvaient ma vie à ma place, qui dessinaient mon chemin sans mon accord. Mon cri de liberté, je l'ai crié intérieurement jusqu'à me défaire complètement. J'ai souffert, par besoin. Je me suis enfoncée, par nécessité. Je me suis forcée à périr. Pour tuer ce moi que les autres avaient forgé parce que je me faisais silence. Un beau jour, ma mère et moi avons eu une conversation, au téléphone, qui a tourné à la chicane. Le genre d'accroc qui part d'un rien. Nous nous sommes mutuellement raccroché la ligne au nez. Pendant plus de 2 ans, on ne s'est pas parlé. J'ai traîné cette colère contre elle comme un boulet au pied. Ma mère, celle qui m'avait toujours comprise, ne me comprenait plus. Et j'ai fini par ne plus rien comprendre de moi-même. La partie gauche du montage représente les sentiments que j'éprouvais envers cette situation.
Ensuite vient cette image rouge d'une ville brisée avec les mots "wherever you are". Elle exprime ma peine d'une personne que j'avais "abandonnée en ville". Un amour que j'avais fui, parce que je me fuyais encore moi-même. Malgré ma disparition, je ne cessais de penser à cette personne, et cette image est venue me foudroyer en plein cœur : on ne peut échapper à ce vers quoi notre âme nous interpelle.
Après de longues nuits blanches à songer au fait que oui, il serait peut-être plus que temps pour moi de changer de direction, je me suis lancée sur un chemin chaotique de rémission. J'ai avancé lentement, en me disant "fais de ton mieux, toujours". J'ai rechuté je-ne-sais-plus combien de fois! Je vivais des jours heureux, puis des périodes creuses. Mon filleul Sam m'a beaucoup aidé, à sa manière d'enfant de 2 ans. Revenir à la base de ce qu'est la vie. Vivre les joies quotidiennes d'un enfant qui vient tout juste d'entrer dans ce monde, et qui aime sans condition. Qui aime vraiment fort. Qui voit tout comme une expérience des plus exaltantes!
Il a fallu que je me convainque à chaque jour que je méritais le bonheur. Selon mes propres délimitations. Rebâtir à partir de rien. Quitter le long tunnel noir pour la clarté du dehors. Même si le tunnel m'étouffait, il était pourtant si familier... C'est ce moi véritable qui a réussi à m'en sortir, accélérant chaque jour en ma direction, jusqu'à me forcer à quitter la noirceur familière pour me projeter dehors. Il y avait là un miroir dans lequel je me suis longuement regardé. C'est mon état d'être que j'ai scruté. Et j'en ai eu peur. Peur à m'en faire pleurer mes blessures. Je me suis étendue longuement à l'ombre du soleil - car sortant de la noirceur, je ne pouvais accepter l'idée que je méritais ma place au soleil. J'ai scruté le ciel, longuement. J'ai interrogé la vie, longtemps. J'ai accepté de lire ceux qui m'interpelaient depuis un moment déjà. J'ai accepté la main qu'ils me tendaient.
Je me suis levée, et j'ai marché. Je ne me rappelle pas comment j'ai fait pour mettre un pied devant l'autre. Je crois que c'est probablement par instinct que j'ai franchi la porte. Avant de m'écrouler d'épuisement, je savais qu'il me restait une dernière chose à accomplir : me débarrasser du voile intoxiquant qui me permettait d'oublier qui j'étais. Deux semaines pour que mon corps se débarrasse des toxines de ma dépendance.
Et je suis arrivée à ce qui est "Du bonheur à l'état pur"...
Ce montage, je l'ai créer en juin 2010. En 20 minutes, j'ai choisi des images et des phrases au hasard dans une pile de journaux et de magazines, en choisissant seulement celles qui m'interpelaient. Je n'avais absolument aucun sujet en tête, sinon celui que je voulais "guérir", me sentir mieux avec moi-même. Ces images ont été mises en ordre sans que je cherche à leur donner un sens particulier. Lorsque j'ai eu terminé, j'ai été sous le choc de constater que le tout formait un sens réel. Comme s'il y avait là un message de mon inconscient. Je crois toujours aujourd'hui que j'avais besoin, à ce moment là, de me parler à moi-même. Car dans ce montage, je peux voir clairement 3 sections. La première représente la douleur et les regrets que j'éprouvais. Ensuite, mon questionnement par rapport à mon chemin de vie. Enfin, ce que je souhaitais réellement avoir dans ma vie.
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C'est parfois en cherchant quelque chose de précis que nous trouvons ce que nous avions réellement besoin. Je peux affirmer aujourd'hui que le fait de chercher à libérer ma créativité était une pulsion de mon âme pour libérer mon être de l'emprise de mes jours de noirceur. Ça n'a pas été miraculeux, bien au contraire. Ce fut un travail long et pénible de prise de conscience. Et ardu de mettre cette prise de conscience en action. J'ai cherché à faire du surplace le plus longtemps possible jusqu'à en manquer d'air.
Aujourd'hui, j'accepte de marcher en plein soleil. J'ai posé une première brique aux nouvelles fondations de ma relation avec ma mère. J'ai retrouvé la personne que j'avais abandonnée. J'ai laissé mon être me guider vers la lumière. Certes, je ne suis pas meilleure qu'une autre, je ne prétends pas être une maître du zen, ni une héroïne rescapée d'un drame intense. Je me suis simplement choisi moi. J'ai accepté de regarder mes blessures en face, de pleurer pour vider mon mal. Accepté, aussi, d'être aimée. D'être approchée par les autres sans me fermer à eux. De laisser mourir cette partie noire dans laquelle je me suis trop longtemps complu.
Merci à vous tous qui faites encore ou nouvellement partie de ma vie.. je vous aime.
Paix et amour
roxann ¤

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